ARTICLE · ZONE RACINAIRE ET RHIZOSPHÈRE

Bacillus dans la zone racinaire : pourquoi la souche et l’application sont déterminantes

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Réseau dense de fines racines dans un sol foncé

Une culture ne peut bien performer que si le milieu autour de ses racines est en bon état. L’eau, l’oxygène, la fertilisation, le pH et la température des racines y jouent un rôle important. Mais cette même zone racinaire abrite aussi des micro-organismes qui peuvent influencer les processus autour de la racine.

C’est pourquoi les bactéries du genre Bacillus sont de plus en plus appliquées de façon ciblée dans les systèmes de culture professionnels. Non pas parce que chaque bactérie Bacillus a automatiquement un effet positif, mais parce que des souches soigneusement sélectionnées peuvent avoir des propriétés intéressantes. Comprendre le rôle de Bacillus dans la zone racinaire commence par cette distinction.

Le résultat ne dépend toutefois pas seulement de la bactérie dans l’emballage. La souche choisie, la formulation, la dose, les conditions d’entreposage et le mode d’application doivent convenir à la culture et au système de culture. De plus, après l’application, le micro-organisme doit réellement atteindre la zone racinaire et pouvoir y devenir actif dans les conditions présentes.

Bacillus n’est pas une seule bactérie

On parle souvent de Bacillus comme s’il s’agissait d’une seule bactérie avec un effet fixe. En réalité, c’est un vaste genre qui compte de nombreuses espèces et un nombre encore plus grand de souches.

Une souche est une variante précise au sein d’une espèce. C’est justement à ce niveau que se déterminent bien des propriétés. Deux souches portant le même nom d’espèce peuvent se comporter différemment dans la zone racinaire, produire d’autres substances et devenir actives dans des conditions différentes.

C’est comparable aux cultivars. Deux cultivars de tomate sont tous deux des tomates, mais ils peuvent différer beaucoup en croissance, en rendement, en sensibilité et en adaptation à un système de culture. C’est la même chose pour les micro-organismes : le nom du genre ne dit pas à lui seul ce qu’une souche peut faire sur le terrain.

« Ça contient du Bacillus » n’est donc pas, en soi, une bonne base pour évaluer un produit. Les questions plus importantes sont :

  • Quelles souches le produit contient-il?
  • Pourquoi ces souches ont-elles été sélectionnées?
  • Sont-elles suffisamment stables dans la formulation?
  • À quelle application le produit est-il destiné?
  • Dans quelles conditions les souches peuvent-elles devenir actives?
  • Comment le produit doit-il être entreposé et appliqué?

Pourquoi Bacillus est intéressant pour les produits microbiens

Une propriété importante de plusieurs souches de Bacillus est leur capacité à former des endospores. Une spore est une forme de dormance qui permet à la bactérie de survivre à des conditions moins favorables.

C’est un atout pour la production, l’entreposage et l’application d’une formulation microbienne. Les micro-organismes sont après tout des organismes vivants. Ils doivent survivre entre la production et l’utilisation sans perdre leur viabilité.

La formation de spores peut y contribuer. Elle rend généralement certaines souches de Bacillus plus résistantes au dessèchement et aux stress environnementaux temporaires que les bactéries qui n’en forment pas.

Il existe toutefois une différence importante entre survivre et fonctionner. Une spore qui a survécu dans l’emballage doit encore, après l’application :

  1. se retrouver dans la zone racinaire;
  2. germer dans les conditions présentes;
  3. s’adapter à son milieu;
  4. entrer en contact avec la surface de la racine ou son environnement immédiat;
  5. devenir suffisamment active pour apporter une contribution pertinente.

La formation de spores est donc un avantage pratique, mais elle n’explique pas à elle seule l’action d’un produit.

Où se produit l’interaction avec la plante

Le sol, le substrat ou l’eau qui entoure directement les racines s’appelle la rhizosphère : une zone étroite où racines, micro-organismes, éléments nutritifs, matières organiques, eau et oxygène s’influencent mutuellement.

La racine libère entre autres des sucres, des acides aminés et d’autres composés. Ces exsudats racinaires servent de source de nourriture à certains micro-organismes. En même temps, les micro-organismes peuvent produire des substances ou effectuer des transformations qui modifient le milieu racinaire immédiat.

Jeunes plants dans un plateau de semis avec des racines visibles à travers les alvéoles

La surface même de la racine s’appelle le rhizoplan. Certaines souches bactériennes peuvent s’y établir temporairement ou plus longtemps. D’autres se trouvent surtout dans le matériau tout près de la racine.

Cette colonisation n’est pas automatique. La zone racinaire n’est pas un espace vide où un micro-organisme ajouté a le champ libre. Une communauté microbienne y est déjà présente, et l’humidité, la température, la fertilisation, le pH et l’oxygène changent constamment.

Une souche sélectionnée doit pouvoir se maintenir dans cette réalité. C’est pourquoi les résultats de laboratoire ne suffisent pas. La formulation et l’application en conditions réelles comptent aussi.

Soutenir les processus liés aux éléments nutritifs

Les plantes ne peuvent absorber les éléments nutritifs que s’ils sont présents sous une forme disponible et au bon endroit autour de la racine. Dans le sol et le substrat, les éléments nutritifs peuvent être temporairement immobilisés, liés chimiquement ou intégrés à la matière organique.

Certaines souches de Bacillus peuvent produire des enzymes, des acides organiques ou d’autres métabolites qui jouent un rôle dans les processus de transformation de la zone racinaire. La recherche décrit notamment des effets sur la dynamique du phosphore et de certains oligo-éléments.

Cela ne veut pas dire qu’une bactérie remplace les engrais ou peut libérer des éléments nutritifs sans limite. La réserve disponible, le pH, l’humidité, l’apport en oxygène et la composition chimique du milieu racinaire restent déterminants.

Une application microbienne doit donc être vue comme une partie du programme de culture global. La fertilisation, l’irrigation et la gestion de la zone racinaire restent indispensables. Des micro-organismes sélectionnés peuvent soutenir ces processus, mais ils ne corrigent pas un programme de fertilisation fondamentalement inadéquat.

La question pratique n’est donc pas : « Cette bactérie peut-elle fabriquer des éléments nutritifs? » La meilleure question est :

Cette souche peut-elle, dans les conditions de ma culture, favoriser un meilleur déroulement des processus liés aux éléments nutritifs disponibles et à la racine?

Développement racinaire et culture plus uniforme

La racine est le lien entre la plante et son milieu de croissance. La taille, la ramification et l’activité du système racinaire déterminent la quantité d’eau et d’éléments nutritifs qu’une plante peut atteindre.

On sait que certaines souches de Bacillus peuvent produire des substances liées à l’interaction avec les plantes et les racines. La recherche décrit notamment des changements dans la ramification et le développement des racines.

Là aussi, le résultat final dépend de la souche et des conditions de culture. Une bactérie ne peut pas garantir un système racinaire sain lorsque la zone racinaire est constamment trop humide, pauvre en oxygène, trop froide ou chimiquement déséquilibrée.

La valeur commerciale d’une application microbienne ciblée réside surtout dans sa capacité à soutenir la gestion de la zone racinaire. Lorsque l’application est bien adaptée à la culture, elle peut contribuer à un milieu racinaire plus actif et à une culture plus uniforme.

« Plus de racines » n’est pas toujours le seul ni le meilleur critère. La couleur, la ramification, la répartition et l’activité des racines comptent aussi.

Soutien en conditions de stress

Sur le terrain, les cultures font régulièrement face à des stress abiotiques. Pensons à :

  • des températures racinaires élevées ou basses;
  • des variations d’humidité;
  • une charge saline accrue;
  • un manque temporaire d’oxygène;
  • de grands changements d’ensoleillement ou d’évaporation;
  • des variations dans la composition de la solution nutritive.

La recherche scientifique (s’ouvre dans un nouvel onglet) a décrit des souches de Bacillus qui peuvent influencer des processus liés à la réponse des plantes à ces conditions, par exemple des changements dans les molécules de signalisation, les processus antioxydants et le développement racinaire.

Cela ne signifie pas qu’une application microbienne prévient le stress. Une plante qui manque d’eau souffrira quand même de la sécheresse, et une zone racinaire pauvre en oxygène doit être corrigée sur le plan technique.

Une application microbienne adaptée peut toutefois faire partie d’un programme plus large visant à aider la culture et la zone racinaire à mieux fonctionner quand les conditions varient.

Les allégations précises doivent toujours correspondre à la souche étudiée, au produit visé et à son homologation dans le marché où il est utilisé.

Pourquoi la sélection des souches compte plus qu’une longue liste d’ingrédients

Un produit qui contient beaucoup de micro-organismes différents n’est pas automatiquement meilleur qu’un produit composé de quelques souches soigneusement choisies.

Les souches d’une formulation ne doivent pas seulement être intéressantes individuellement. Elles doivent aussi :

  • rester stables ensemble;
  • convenir au support et à la formulation choisis;
  • pouvoir devenir actives dans le milieu racinaire visé;
  • ne pas se nuire inutilement;
  • arriver vivantes et en nombre suffisant au moment de l’application.

Une longue liste d’espèces en dit donc peu si l’on ne sait pas pourquoi les organismes ont été sélectionnés ni comment utiliser le produit.

Chez BIOMICROBES, nous préférons regarder la fonction des souches sélectionnées et leur place dans le système de culture. L’objectif n’est pas d’inscrire le plus de noms possible sur une étiquette, mais de rendre une solution microbienne techniquement applicable.

Les conditions varient selon le système de culture

Une application en sol n’est pas la même chose qu’une application en substrat ou en culture hydroponique.

Producteur accroupi dans un champ travaillé, consultant une tablette

Culture en sol

Le sol contient généralement une communauté microbienne abondante et diversifiée. En même temps, le pH, la structure du sol, l’humidité, la température et la matière organique peuvent varier beaucoup à l’intérieur d’un même champ.

Un micro-organisme ajouté arrive donc dans un milieu complexe et changeant. Une bonne application demande d’être attentif à l’état du sol, à l’activité racinaire, au moment d’application et à l’humidité disponible. Pour en savoir plus sur la culture en plein champ.

Culture en substrat

Les substrats comme la laine de roche, la fibre de coco et la tourbe ont chacun leurs propriétés physiques et chimiques. Leur pouvoir tampon, la répartition de l’eau et la quantité de matière organique diffèrent aussi.

En substrat, le producteur peut piloter la zone racinaire de façon précise, mais les changements peuvent aussi survenir rapidement. La dose et la fréquence doivent donc s’arrimer au calendrier d’irrigation, au volume de substrat et à la stratégie de drainage. Pour en savoir plus sur la culture en serre et en substrat.

Culture hydroponique

En culture hydroponique, les micro-organismes sont directement influencés par la température de l’eau, l’oxygène, les éléments nutritifs, la circulation et la stratégie d’hygiène du système.

Le nettoyage est important, mais une étape de désinfection intense peut aussi endommager les micro-organismes que vous avez volontairement ajoutés. C’est pourquoi l’application microbienne et le traitement de l’eau doivent être planifiés comme un seul programme.

Pour en savoir plus, consultez notre page sur la microbiologie de l’eau.

Attention au mélange avec les produits de nettoyage

Une erreur fréquente consiste à appliquer des produits microbiens vivants en même temps que des produits conçus pour tuer les micro-organismes.

Les oxydants comme le peroxyde d’hydrogène et l’acide peracétique servent à nettoyer les conduites, l’eau et les installations. Cela peut être une composante importante de l’hygiène du système. En même temps, ces produits ne font généralement pas la différence entre les micro-organismes indésirables et ceux que vous avez volontairement ajoutés.

C’est pourquoi une application microbienne et une étape intense de nettoyage ou de désinfection ne vont généralement pas dans le même réservoir ni au même moment.

Le bon intervalle dépend notamment :

  • du produit de nettoyage utilisé;
  • de sa concentration;
  • du temps de contact;
  • du système d’irrigation;
  • de la quantité de produit résiduel;
  • des recommandations d’application du produit microbien.

Suivez toujours l’étiquette en vigueur et faites évaluer la combinaison sur le plan technique en cas de doute. Un mauvais moment de mélange peut rendre un bon produit microbien en grande partie inefficace avant même qu’il atteigne la racine.

Quoi suivre sur le terrain?

L’effet de la microbiologie ne se résume pas toujours à un seul changement visible et immédiat. Il est donc sage de déterminer avant l’application ce que vous voulez améliorer et quelles données vous allez suivre.

Par exemple :

  • la couleur et la ramification des racines;
  • l’uniformité de la culture;
  • le développement des jeunes plants;
  • la CE et le pH à l’apport et au drainage;
  • le volume d’irrigation et le pourcentage de drainage;
  • la réaction de la culture pendant les périodes de stress;
  • les pertes ou les plants en retard;
  • le rendement et la qualité sur une plus longue période.

Travaillez de préférence avec une référence claire ou une section d’essai délimitée. Ne changez pas en même temps plusieurs autres éléments du programme de culture pendant l’évaluation, sinon il sera difficile de savoir après coup ce qui explique une différence.

Ne vous attendez pas non plus à ce que chaque application donne un résultat visible en un nombre fixe de jours. Les processus microbiens dépendent du stade de la culture, de l’activité racinaire et des conditions dans le système. Des promesses générales comme « résultat visible en sept jours » ne sont donc pas rigoureuses sans données propres au produit.

Ce que Bacillus n’est pas

Une solution microbienne à base de Bacillus ne remplace pas un bon plan de fertilisation, d’irrigation ou d’hygiène.

Tous les produits à base de Bacillus ne sont pas non plus automatiquement des engrais, des biostimulants ou des produits de protection des cultures. La catégorie légale et les allégations permises varient selon le produit et le marché. Utilisez toujours un produit selon l’étiquette en vigueur et l’homologation locale.

Un produit soigneusement formulé peut toutefois être un outil ciblé dans une gestion professionnelle de la zone racinaire.

Au final, la différence ne tient pas seulement à la bactérie nommée, mais à toute la chaîne :

sélection de la souche → production → formulation → entreposage → application → conditions dans la zone racinaire

Si l’un de ces maillons fait défaut, la performance finale peut en souffrir.

DES SOUCHES SÉLECTIONNÉES SUR LE TERRAIN

Le rôle de BIOMICROBES 08

BIOMICROBES 08 est notre solution microbienne à base de souches de Bacillus soigneusement sélectionnées.

Le produit a été conçu pour une application ciblée dans la zone racinaire. Nous ne regardons pas seulement le micro-organisme lui-même, mais aussi la façon dont il est appliqué dans le programme de culture en place.

Pour vous conseiller de façon responsable, nous voulons donc savoir :

  • quelle culture est produite;
  • dans quel système de culture;
  • quel substrat ou quel sol est utilisé;
  • comment l’eau et les éléments nutritifs sont apportés;
  • quels produits de nettoyage et de désinfection sont utilisés;
  • quel objectif pratique de culture est prioritaire.

À partir de là, on peut déterminer où une application microbienne s’insère dans le programme et quels points méritent une attention particulière.

Vous voulez savoir si des souches de Bacillus sélectionnées peuvent apporter une valeur ajoutée à votre système de culture? Communiquez avec BIOMICROBES. Nous examinerons l’application du point de vue de la culture, de la zone racinaire et de l’aménagement technique du système.

Questions fréquentes

Toutes les bactéries Bacillus sont-elles bénéfiques pour les plantes?

Non. Bacillus est un vaste genre qui compte de nombreuses espèces et souches, aux propriétés très variées. Pour une application ciblée, la sélection des souches, le contrôle de la qualité et la formulation sont importants.

Bacillus peut-il remplacer les engrais minéraux?

Non. Les micro-organismes ne créent pas de nouveaux éléments nutritifs sans limite. Certaines souches peuvent toutefois participer aux transformations des éléments nutritifs présents. Un plan de fertilisation adapté reste indispensable.

Après combien de temps puis-je m’attendre à des résultats?

Il n’existe pas de délai général. Cela dépend de la souche, de la formulation, de la dose, de l’activité racinaire, du stade de la culture et des conditions dans la zone racinaire. Évaluez donc l’application sur une période appropriée et à l’aide de points de mesure choisis d’avance.

Bacillus agit-il de la même façon dans tous les systèmes de culture?

Non. Le sol, le substrat et la culture hydroponique présentent des conditions différentes. L’application doit être adaptée notamment au milieu racinaire, à la stratégie d’irrigation, à la qualité de l’eau et à l’hygiène du système.

Un produit qui contient plus de souches est-il automatiquement meilleur?

Non. Le nombre de souches en dit peu sans information sur leurs propriétés, leur combinaison, leur stabilité et leur pertinence pour l’usage visé. Une composition plus restreinte et choisie avec soin peut être techniquement plus solide qu’une longue liste d’ingrédients.

Sources et lectures complémentaires

  1. European Union. Regulation (EU) 2019/1009 on EU fertilising products.
    EUR-Lex : Règlement (UE) 2019/1009 (s’ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Miljaković, D., Marinković, J. & Balešević-Tubić, S. (2020). The significance of Bacillus spp. in disease suppression and growth promotion of field and vegetable crops. Microorganisms.
    https://doi.org/10.3390/microorganisms8050705 (s’ouvre dans un nouvel onglet)
  3. Hashem, A. et al. (2019). Bacillus subtilis: a plant-growth promoting rhizobacterium that also impacts biotic stress. Saudi Journal of Biological Sciences.
    https://doi.org/10.1016/j.sjbs.2019.05.004 (s’ouvre dans un nouvel onglet)
  4. Frontiers in Plant Science (2021). Plant-associated rhizobacteria for biocontrol and plant growth enhancement.
    frontiersin.org: 10.3389/fpls.2021.634796 (s’ouvre dans un nouvel onglet)
  5. Plants (2022). Bacillus for plant growth promotion and stress resilience: what have we learned?
    mdpi.com: Plants 11(19), 2482 (s’ouvre dans un nouvel onglet)